Nelson

Trois amen, Trafalgar, 21 octobre 1805

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Dunette du Victory, au large du cap Trafalgar, 21 octobre 1805, un peu après onze heures. La flotte franco-espagnole est en vue depuis l'aube ; trois milles maintenant, et le Victory avance vers elle à deux nœuds. Il a écrit sa prière dans son journal, puis un codicille que Hardy et Blackwood viennent de signer. Le premier coup de canon est dans une heure.

Le vent est tombé et la houle monte. Elle vient de l'ouest, longue, grasse, et elle dit ce que tout marin sait lire : dans deux jours il y aura coup de vent sur cette côte, et les hauts-fonds de Trafalgar sont sous le vent. Il faudra mouiller dès que ce sera fini, avec les prises ; il faudra que Hardy s'en souvienne si je ne suis plus là pour le lui dire. Deux nœuds. Ils sont là-bas, trente-trois voiles en croissant, qui viennent de virer vers le nord pour garder Cadix à portée ; ils ont mis deux heures à virer, ce qui me renseigne sur eux. Nous, vingt-sept, en deux colonnes, comme je l'ai écrit. Les hommes déjeunent. On sert le vin. Sur les ponts, derrière nous, des orchestres jouent.

J'ai écrit deux choses ce matin, de la main gauche, qui est la seule que j'aie. D'abord une prière : que le grand Dieu que j'adore accorde à mon pays, et pour le bien de l'Europe en général, une grande et glorieuse victoire ; qu'aucune faute de personne ne la ternisse ; que l'humanité après la victoire soit le trait dominant de la flotte britannique. Pour moi-même, je remets ma vie à Celui qui m'a fait. Amen, amen, amen. Trois fois ; on n'est jamais sûr d'être entendu du premier coup. La seconde chose est un codicille. Je lègue Emma, lady Hamilton, à mon roi et à mon pays, pour qu'ils lui assurent de quoi tenir son rang ; je leur laisse aussi ma fille adoptive, Horatia Nelson Thompson, et je désire qu'elle ne porte à l'avenir que le nom de Nelson. Ce sont les seules faveurs que je demande à l'heure où je vais livrer leur bataille. Hardy a signé, Blackwood a signé. Le roi ne fera rien ; le pays fera moins. J'ai fait ce que je pouvais avec une plume à dix milles d'eux, et l'on ne refuse pas à un mort ce qu'on refuse à un vivant : on l'oublie, ce qui est plus commode.

Adoptive. Tout le monde sait, de Cadix à Portsmouth, et personne ne le dit, pas même moi, sauf avant-hier : j'ai écrit à Horatia et j'ai signé « ton père ». Elle a quatre ans. Elle ne saura pas lire la lettre, Emma la lui lira, et si je meurs elle la gardera. À Merton, en septembre, je suis monté la voir dormir avant de partir, et j'ai écrit dans le journal, dans la voiture : j'ai quitté tout ce que j'ai de cher en ce monde ; si c'est Sa volonté d'abréger mes jours, je m'incline ; que Sa volonté soit faite, amen, amen, amen. Encore trois. J'ai la manie du triple ; on me la pardonne à cause des victoires.

Beatty voudrait que je couvre mes étoiles. Il n'ose pas le dire ; il l'a dit à Scott, qui l'a dit à Hardy, qui ne m'a rien dit. Elles restent. Quatre ordres brodés sur le côté gauche, à hauteur de cœur : n'importe quel tireur de hune les verra à cinquante pas, et les Français ont de bons tireurs de hune. Je le sais et je ne les ôte pas. Disons-le clairement, puisqu'il reste une heure : je suis vaniteux. Je l'étais à dix-sept ans sur le Dolphin, qui me ramenait des Indes avec la fièvre ; j'ai failli me jeter par-dessus bord, et puis quelque chose, une lueur, un globe, je n'ai jamais su l'expliquer et je l'ai écrit tel quel, m'est apparu, et je me suis dit : je serai un héros. Depuis, je n'ai pas fait autre chose. Je parle de moi jusqu'à dégoûter les honnêtes gens dans les antichambres ; je porte mes étoiles comme une enseigne. On ne fait pas se battre dix-sept mille hommes avec de la modestie. On les fait se battre avec un homme qu'ils voient.

Vingt. J'ai dit ce matin aux officiers que je ne serais pas satisfait avec moins de vingt prises ; ils ont ri parce qu'ils croient que je plaisante. Le plan tient en une phrase, je l'ai écrite pour le cas où l'on ne verrait plus mes signaux dans la fumée : aucun capitaine ne peut faire grand mal s'il place son navire bord à bord avec un ennemi. Quand je l'ai expliqué à bord, il y a trois semaines, certains ont pleuré ; j'ai écrit à Emma que c'était comme un choc électrique. Deux colonnes, perpendiculaires à leur ligne ; on la coupe en deux endroits, on isole l'arrière, on l'écrase avant que l'avant ait viré. Le prix : les deux navires de tête reçoivent tout le feu pendant une demi-heure sans pouvoir répondre. C'est pourquoi la Victory est en tête, et pourquoi Hardy voudrait laisser passer le Temeraire devant, et pourquoi Blackwood voudrait me voir sur sa frégate. Non. L'amiral en tête, cela ne se fait pas ; c'est pour cela que ça marche.

Il me manque le bras droit, laissé à Tenerife ; Josiah, le fils de ma femme, m'a serré son foulard autour et m'a ramené à bord, et j'ai fait couper le reste à la lanterne, en demandant qu'on chauffe le couteau pour les suivants, parce que le froid de la lame m'avait fait plus de mal que la coupe. J'écrivais de la gauche la semaine d'après. L'œil droit est resté à Calvi ; il voit le jour, pas les hommes ; à Copenhague il m'a servi à ne pas voir un signal de retraite. Le front a été ouvert devant Aboukir, et je me suis cru mort ce soir-là, j'ai dit à Berry de me rappeler à ma femme. Et j'ai le mal de mer. Depuis l'âge de douze ans. Chaque fois que ça souffle, je vomis, je l'ai écrit vingt fois : rien que le souci de servir mon pays ne me garde une heure en mer. On ne demande pas à un amiral d'être entier. On lui demande d'être là.

Ma femme. Fanny ne m'avait rien fait ; c'est ce qu'il y a de pire. Quand elle m'a écrit, il y a quatre ans, j'ai renvoyé sa lettre avec ces mots dessus : ouverte par erreur par lord Nelson, mais non lue. On la retrouvera, cette ligne ; elle est de ma main. Il y a des choses qu'un homme fait quand il aime ailleurs, et qu'aucune victoire ne rachète ; je ne demande pas qu'on la rachète, je demande qu'on la mette au compte, avec le reste. Le reste, c'est Naples. J'ai fait pendre Caracciolo à la vergue de sa propre frégate, deux heures après un jugement d'une heure, sans lui accorder le jour qu'il demandait ni les balles au lieu de la corde ; on l'a jeté à la mer, et il est revenu flotter la semaine suivante, gonflé, la tête droite, sous les yeux du roi, qui a eu peur. J'ai déclaré nulle la capitulation que Ruffo avait signée ; les rebelles sortis des forts sur la foi de ce papier ont été livrés ; on en a pendu une centaine. La reine me l'a demandé, par Emma. Je l'ai fait pour la reine, pour Emma, pour la couronne de Naples, et je le referais, ce qui est le plus laid de l'affaire. Fox l'a dit aux Communes ; il avait les faits. Et en juin j'ai écrit à Taylor, de la Jamaïque, ce que je pense de Wilberforce et de ses hypocrites ; je le pense encore ; on le lira, et l'on aura raison de le lire.

Emma. La fille du forgeron, la femme de l'ambassadeur, la mienne, et Dieu sait dans quel ordre. Avant-hier, quand les frégates ont signalé qu'ils sortaient de Cadix, j'ai commencé une lettre : ma très chère Emma bien-aimée, l'amie chère de mon cœur, le signal a été fait que la flotte ennemie sort du port. Elle est sur la table de ma cabine, pas finie. J'ai écrit que je la finirais après la bataille. Si je ne la finis pas, Hardy la lui portera comme elle est, avec la plume arrêtée au milieu de la page, et ce sera plus vrai que tout ce que j'aurais pu ajouter.

Le cercueil est prêt, lui. Hallowell me l'a fait faire il y a six ans dans le grand mât de L'Orient, qui a sauté devant nous à Aboukir, avec un mot : pour quand vous serez las de cette vie. Il est à Londres chez Peddieson. En septembre je suis passé lui dire de graver la plaque, que j'en aurais peut-être besoin au retour. Il a ri. Je ne riais pas tout à fait.

Il manque un signal. Pas un ordre : ils en ont assez. Quelque chose qu'on lise d'un bout à l'autre de la ligne comme une main sur l'épaule. L'Angleterre compte que chacun fera son devoir. Pasco dit que « compte » n'est pas dans le vocabulaire et qu'il faudrait l'épeler, mais qu'« attend » y est. Va pour attend ; ce n'est pas plus vrai, c'est plus court. Collingwood va grogner qu'il sait ce qu'il a à faire. Il le sait. Regardez-le : le Royal Sovereign, avec son cuivre neuf, a pris un mille sur sa colonne et va entrer seul dans leur ligne ; regardez comme ce noble garçon porte son navire au feu. Le premier coup de canon est pour lui.

Blackwood retourne à sa frégate. Je lui ai dit : Dieu vous bénisse, Blackwood, je ne vous reparlerai plus. Il a protesté ; il a l'âge où l'on proteste. Après l'Angleterre, je fais hisser le seize : engagez l'ennemi de plus près. Il restera en tête de mât jusqu'à ce qu'on l'abatte. C'est le seul ordre que j'aie jamais donné ; les autres n'étaient que des manières de le dire.


Le signal monta vers midi moins le quart ; Collingwood grogna, puis, quand le Royal Sovereign perça seul la ligne ennemie, dit à son capitaine : « que ne donnerait pas Nelson pour être ici ». La Victory reçut le feu sans répondre pendant près d'une demi-heure, coupa la ligne derrière le Bucentaure et s'accrocha au Redoutable. Vers une heure et quart, une balle tirée de la hune d'artimon du Redoutable, à cinquante pas, entra par l'épaule gauche, traversa le poumon et se logea dans la colonne ; il tomba sur le sang de son secrétaire Scott, tué une heure plus tôt. « Ils ont fini par m'avoir, Hardy. Ma colonne est traversée. » On lui couvrit le visage et les étoiles d'un mouchoir pour que l'équipage ne le reconnût pas ; en descendant, il fit réparer les drisses de la barre. Trois heures dans le faux-pont, parmi les blessés, à demander qu'on l'évente, qu'on le fasse boire, qu'on le frotte. Hardy vint deux fois : quatorze ou quinze prises, « j'en voulais vingt » ; « mouillez, Hardy, mouillez » ; « ne me jetez pas par-dessus bord » ; « prenez soin de la pauvre lady Hamilton. Embrassez-moi, Hardy. » Hardy s'agenouilla et l'embrassa sur la joue, puis, avant de remonter, sur le front. « Qui est-ce ? » « C'est Hardy. » « Dieu vous bénisse, Hardy. » Au chapelain : « je n'ai pas été un grand pécheur » ; et jusqu'au bout : « Dieu merci, j'ai fait mon devoir. » Il mourut vers quatre heures et demie. Dix-sept navires pris ; la tempête qu'il avait lue dans la houle en coula ou en jeta à la côte la plupart, quatre arrivèrent à Gibraltar ; Villeneuve, prisonnier puis libéré, fut trouvé au printemps dans une auberge de Rennes avec six coups de couteau dans la poitrine, suicide officiel. Le corps voyagea dans un tonneau de brandy. Hardy porta à Emma la lettre inachevée ; elle écrivit dessus : « Ô misérable et malheureuse Emma ! Ô glorieux et heureux Nelson ! » Le 9 janvier 1806, à Saint-Paul, le cercueil du mât de L'Orient fut descendu dans un sarcophage de marbre noir taillé jadis pour le cardinal Wolsey ; les marins de la Victory, qui devaient plier le pavillon et le déposer, le déchirèrent en morceaux et chacun en garda un. Le pays fit du frère de Nelson un comte avec quatre-vingt-dix-neuf mille livres ; il donna deux mille livres de rente à Fanny ; il ne donna rien à Emma. Elle but, s'endetta, connut la prison pour dettes, et mourut à Calais en janvier 1815 dans une chambre louée, Horatia, quatorze ans, à son chevet. Horatia épousa un pasteur, eut dix enfants, vécut jusqu'en 1881, et nia toute sa vie qu'Emma fût sa mère. Sur sa tombe : « fille adoptive du vice-amiral lord Nelson ». Elle avait choisi le mot.

Le vrai et la légende

De sa main

La prière du 21 octobre 1805, écrite dans son journal privé après la position du matin : « Que le grand Dieu que j'adore accorde à mon pays, et pour le bien de l'Europe en général, une grande et glorieuse victoire ; qu'aucune faute de personne ne la ternisse ; et que l'humanité après la victoire soit le trait dominant de la flotte britannique. Pour moi-même, individuellement, je remets ma vie à Celui qui m'a fait... Amen. Amen. Amen. » Le codicille écrit à la suite, « en vue des flottes combinées de France et d'Espagne, à dix milles » : « je laisse Emma, lady Hamilton, en legs à mon roi et à mon pays, pour qu'ils lui donnent de quoi tenir son rang... je laisse aussi à la bienfaisance de mon pays ma fille adoptive, Horatia Nelson Thompson, et je désire qu'elle ne porte à l'avenir que le nom de Nelson. Ce sont les seules faveurs que je demande à mon roi et à mon pays au moment où je vais livrer leur bataille », témoins Blackwood et Hardy. La lettre inachevée à Emma des 19 et 20 octobre (« Ma très chère Emma bien-aimée, l'amie chère de mon cœur, le signal a été fait que la flotte ennemie sort du port... comme ma dernière ligne avant la bataille sera pour toi, j'espère en Dieu que je vivrai pour finir ma lettre après »), retrouvée sur sa table, sur laquelle Emma écrivit : « Ô misérable et malheureuse Emma ! Ô glorieux et heureux Nelson ! » La lettre à Horatia du 19 octobre, quatre ans, signée « la bénédiction paternelle affectueuse de ton Père ». Le journal du 13 septembre 1805 au départ de Merton : « j'ai quitté tout ce que j'ai de cher en ce monde pour aller servir mon roi et mon pays... si c'est Sa bonne providence d'abréger mes jours sur cette terre, je m'incline avec la plus grande soumission... Que Sa volonté soit faite. Amen, amen, amen. » Le mémorandum du 9 octobre : « aucun capitaine ne peut faire grand mal s'il place son navire bord à bord avec un ennemi » ; la lettre à Emma du 1er octobre sur le « Nelson touch » exposé aux capitaines : « ce fut comme un choc électrique, certains ont pleuré ». La Sketch of my Life (1799) sur l'année 1776, à dix-sept ans, malade sur le Dolphin qui le ramenait des Indes : « après une longue et sombre rêverie où je me souhaitais presque par-dessus bord, un soudain élan de patriotisme... un globe rayonnant... Eh bien, je serai un héros, et, confiant dans la Providence, je braverai tous les dangers. » Les plaintes de mal de mer, répétées sur trente ans (« rien que mes efforts anxieux pour servir mon pays ne me gardent une heure en mer »). La lettre de sa femme Fanny, décembre 1801, renvoyée avec ces mots dessus : « Ouverte par erreur par lord Nelson, mais non lue. » La lettre à Simon Taylor, planteur de la Jamaïque, du 10 juin 1805, contre « la damnable doctrine de Wilberforce et de ses hypocrites alliés » : l'original, retrouvé en 2020, montre que la version imprimée en 1807 par les planteurs a été durcie par retouches, mais le fond est de lui.

Documenté (par des tiers)

Beatty (le chirurgien, Authentic Narrative, 1807), Scott (le chapelain), Burke (le commissaire), Hardy, Blackwood (lettres à sa femme), Pasco (le lieutenant des signaux), le journal de bord. Le matin : la flotte ennemie virant vers le nord en deux heures de désordre, le croissant irrégulier de trente-trois voiles contre vingt-sept ; le vent presque nul, la longue houle d'ouest qui annonçait la tempête ; les équipages déjeunant, des orchestres sur les ponts ; Blackwood et Hardy témoins du codicille ; Blackwood proposant qu'il passe sur une frégate, Hardy que le Temeraire prenne la tête, refusés ; « je ne serai pas satisfait avec moins de vingt » ; « Dieu vous bénisse, Blackwood, je ne vous reparlerai plus » ; « England confides » devenu « expects » sur proposition de Pasco parce que « confides » n'était pas au vocabulaire et aurait dû être épelé ; Collingwood recevant le signal : « je voudrais que Nelson cesse de signaler, nous savons tous assez ce que nous avons à faire » ; Nelson voyant le Royal Sovereign percer seul la ligne : « regardez comme ce noble garçon porte son navire au feu », au moment où Collingwood disait à son capitaine : « que ne donnerait pas Nelson pour être ici ». Les quatre étoiles gardées sur l'habit (personne n'osa lui en parler) ; la balle du Redoutable vers une heure et quart, tirée de la hune d'artimon à cinquante pas, entrée par l'épaule gauche, la chute sur le sang de son secrétaire Scott tué peu avant, le mouchoir sur le visage, l'ordre de réparer les drisses de la barre en descendant, les trois heures dans le faux-pont, « éventez, éventez », « à boire », « frottez », « quatorze ou quinze », « j'en voulais vingt », « mouillez, Hardy, mouillez », « ne me jetez pas par-dessus bord », « prenez soin de la pauvre lady Hamilton, embrassez-moi, Hardy », le baiser sur la joue puis sur le front, « qui est-ce ? », « c'est Hardy », « Dieu vous bénisse, Hardy », « je n'ai pas été un grand pécheur », « Dieu merci, j'ai fait mon devoir ». Naples 1799 : la capitulation du 23 juin signée par le cardinal Ruffo, annulée par Nelson à son arrivée le 24 ; Caracciolo jugé en deux heures par une cour napolitaine à bord du navire amiral, pendu le jour même à la vergue de sa propre frégate sans le délai ni les balles qu'il demandait, le corps jeté à la mer et refait surface près du navire du roi ; une centaine d'exécutions dans les mois suivants ; Fox aux Communes en février 1800. Tenerife 1797 (le beau-fils Josiah et le garrot, l'amputation à la lanterne, la demande que les couteaux soient chauffés pour les suivants, l'écriture de la main gauche en quelques jours), Calvi 1794 (l'œil droit), Aboukir 1798 (« je suis tué, rappelez-moi à ma femme »), Copenhague 1801 (la lunette à l'œil aveugle, racontée par le colonel Stewart). Wellington, une seule rencontre, le 12 septembre 1805, dans une antichambre de Whitehall, racontée à Croker en 1834 : d'abord « vain et sot à en dégoûter », puis, ayant appris à qui il parlait, « un officier et un homme d'État », « je ne sais pas si j'ai jamais eu une conversation qui m'ait plus intéressé ». Le cercueil fait du grand mât de L'Orient, offert par Hallowell en 1799 « pour quand vous serez las de cette vie », et le passage chez l'ébéniste Peddieson en septembre pour faire graver la plaque, « j'en aurai peut-être besoin au retour ». Après : dix-sept prises, la tempête, quatre arrivées à Gibraltar ; le corps dans un tonneau de brandy ; Saint-Paul le 9 janvier 1806, le sarcophage de Wolsey, le pavillon déchiré par les marins ; le frère fait comte, Fanny pensionnée, Emma sans rien, la prison pour dettes, Calais 1815 ; Horatia niant sa mère jusqu'à sa tombe.

Contesté, légende

« Je les ai gagnées avec honneur, je mourrai avec elles avec honneur » : personne ne lui a parlé des étoiles, le mot est de tradition. « Kiss me, Hardy » lu « Kismet, Hardy » : invention victorienne, trois témoins ont entendu le baiser et l'ont vu. La prémonition « je ne reviendrai pas », racontée par cent bouches après coup ; la prière à genoux au chevet d'Horatia endormie (Emma seule). La scène de rupture avec Fanny (« je prends Dieu à témoin qu'il n'y a rien en vous ni dans votre conduite que je souhaite autrement ») rapportée par un avocat des années plus tard. Le rôle exact d'Emma à Naples en 1799, messagère de la reine ou instigatrice ; les « services éminents » d'Emma cités au codicille, très exagérés par lui. La lettre Taylor : le fond est de lui, les mots les plus violents ont été ajoutés pour l'impression.

Le dispositif

L'heure de fausse tranquillité entre le codicille et le premier coup de canon, sur la dunette, à deux nœuds ; l'homme qui a écrit trois amen deux fois en cinq semaines, et qui vient de dire à Blackwood qu'il ne lui reparlerait plus. Voix : la vanité dite sans honte, la tendresse enfantine, le professionnel précis (houle, nœuds, hunes, colonnes), l'humour bref. Ce qu'il dit de la prière, du codicille, des lettres, des blessures, de Naples, de Fanny, du signal est adossé aux sources ; le reste est imaginé et assumé.